Maintenant que vous savez comment sont produits 90% des poulets français –ceux que l’on appelle les « poulets standard » ou « poulets classe A »- je vous propose d’explorer les 10% restants afin de vous y retrouver parmi les différents labels. Vous trouverez à la fin de ce billet un tableau récapitulatif, mais commençons par un peu d’histoire. .
Le Label Rouge est une initiative française, applaudie à l’étranger, et mise en œuvre dés 1965, soit seulement quelques années après le début de l’aviculture intensive, afin de satisfaire aux exigences gustatives des consommateurs déçus par le goût –ou, plus exactement, l’absence de goût- des nouveaux poulets qui inondaient le marché. Cocorico… En matière de goût, on ne trompe pas le Français! !
C’est l’histoire d’un succès puisque la production annuelle est passée de 3 Millions de poulets à la fin des années 1960 à 76 Millions en 1995. Depuis, on observe une stagnation. Nos papilles gustatives seraient-elles moins exigentes ? L’uniformisation et la « médiocratisation » (pardonnez-moi ce terme affreux mais juste) du goût font certainement partie des raisons invoquées : Les nouvelles générations de consommateurs élevées au poulet standard s’en satisfont puisqu’elles n’ont pas connu autre chose. Par ailleurs, de plus en plus de poulets sont vendus sous forme de cuisse ou d’escalope (on les appelle produits de 2ème génération) ou de produits dérivés, dits de 3ème génération, tels que la charcuterie. Et de moins en moins sous la forme de poulets entiers. Ainsi, si seulement 9,5% des poulets produits en France sont des Label Rouge, ils représentent 20% des poulets consommés par les ménages et 30% des poulets entiers. Le Label Rouge regroupe de nombreuses IGP (Indication Géographique Protégée), comme le Poulet de Loué ou le Poulet des Landes, qui sont autant de gages de spécificités régionales.
Une autre explication à la perte de vitesse des Label Rouge, est le développement des poulets Critères Qualité Certifiés qui grignotent de plus en plus de parts de marché. Ce label fut mis en place en 1988 pour répondre aux angoisses sanitaires des consommateurs. L’accent est mis sur la fréquence des contrôles et la traçabilité, bien qu’il n’existe pas de label officiel mais seulement des marques collectives privées. Comme les Labels Rouges, ils peuvent bénéficier d’IGT. Il semblerait que les consommateurs y voient un bon compromis entre le poulet standard et le Label Rouge ou le poulet biologique. .
Le Poulet Biologique représente 0,5% des parts de marché et répond aux exigences européennes du REPAB mises en place en 1999 et auxquelles la réglementation française a ajouté ses propres exigences, parmi lesquelles l’interdiction pour l’exploitant d’élever des volailles non certifiées et la limitation de la taille des exploitations. Ces limites rendent le poulet biologique français moins compétitif sur le marché européen. L’élevage est similaire à celui des poulets Label Rouge, à deux exceptions près, deux exceptions de taille : L’alimentation des poulets doit provenir de l’agriculture biologique, sans aliments de synthèse et OGM, et les traitements médicaux se limitent à la phytothérapie et l’homéopathie. De telles contraintes imposent une approche différente de l’animal, basée sur la prévention. Grâce au choix de races rustiques, à une alimentation et à un cadre de vie adaptés aux besoins spécifiques de l’animal et à la médecine douce et préventive, la plupart des maladies sont évitées. .
N’oublions pas le Poulet de Bresse, celui qui fait la fierté de la France et qui est si bon que Joël Robuchon l’assaisonne tout simplement de sel, de beurre et de romarin et l’accommode d’une cuisson lente afin de ne rien perdre de son goût. Il est le seul poulet à disposer d’une AOC…depuis 1957 ! Les reproducteurs viennent donc exclusivement de cette région. Les poussins vivent dans leurs poussinières pendant 5 semaines puis sont lâchés en plein air pour un minimum de 9 semaines. Ils se nourrissent de ce qu’ils trouvent là, mais aussi de maïs, de blé et de lait. Ils finissent leur longue vie dans de petites cages en bois afin de grossir encore un peu avant l’abattage…Tout un art ! !

Sources :
INRA
INRA 2
One voice
INST
Label Rouge
Poulet bio
(1) « The welfare of chickens kept for meat production », étude réalisée en Mars 2000 par la European Comission Health and Consumer protection directorate general.
Fast Food Nation, Eric Schlosser.
Slow Ark, June 2002, « Bionic chickens », par Serena Milano.
PMAF (Protection Mondiale des Animaux de Ferme)
INRA (Institut National pour la Recherche Agricole)